•  

    Comment j'ai rencontré votre mère.
     
    L'été d'Août prenait fin, les fleurs du soleil tombaient lentement de leurs mouvements monotones, laissant place à l'automne de Septembre. Les feuilles des arbres ainsi que la température étaient bien plus résistantes et chaudes que moi lors de mon entrée à l'Université. Quelques semaines avant avaient précédé un choc affectif. Naïf. On me le reprochait souvent, en effet. Une fille s'était servi de moi pour tirer son coup, entre deux périodes amoureuses, faisant passer celle que nous avions vécu comme du sérieux. Peu de feuilles tombaient. Dans ce cas, faisais-je partie de la nature, qui suivait impartialement son cycle ? Elle, juge du temps, de son marteau des cycles imperturbables des Quatre Saisons, frappait de nouveau sur son bureau, sonnant l'évacuation de la salle. Un nouveau départ sonnait pour moi, et coïncidait avec l'Automne. Oui, j'entrais à l'Université. D'un air faussement enthousiaste, la marche impassible sous des nuages peu accueillants, mes chaussures évitant plus ou moins soigneusement les flaques d'eau qui résultaient de l'averse d'hier, je redécouvrais ce site d'étude. J'entrais, revisitais mon passé, mon présent, et mon futur, à travers des personnes que j'ai eu l'occasion de connaître, celle que je connaissais de mon ancienne nouvelle vie, et les personnes de ma nouvelle nouvelle vie.
     
    La rentrée universitaire passée, mes habitudes de loup solitaire ne changeaient pas. J'allais, je parlais, tentais de m'intégrer, allais de nouveau, pianotais sur mon ordinateur, puis revenais, et pianotais de nouveau sur mon ordinateur. Je ne voyais plus les jours passer, tous se ressemblaient à mes yeux... Pendant des années ma seule crainte fut de devenir un fantôme aux yeux des gens. Mais en fainéant, partisan du moindre effort et du mélodrame apostrophé, je n'avais pas la volonté de bouger les choses, ni de me relever de cet énième coup dur sentimental. Au final, j'étais devenu ma propre peur. En écrivant ces mots, je le réalise : j'étais devenu mon propre fantôme, errant dans la réalité dans une chair disgracieuse, n'attendant plus que le jour du jugement dernier, moins qu'un émo mais toujours plus qu'un témoin de Jehovah...
     
    ... Jusqu'à ce jour. Tel un ivrogne une bouteille de Whiskas- euh de whisky à la main, je gambadais sous ma persona virtuelle, "Kyo". En tant que sous-gouverneur d'une terre qu'on appelle forum, alors que l'ennui continuait de m'écraser de son poids irréductible, le soulagement, la rédemption, la salvation fut. Je ne croyais pourtant pas en Dieu, si l'on considère que Dieu est l'ultime incarnation du bien. Mes yeux fatigués, qui à neuf heures du soir ne voyagaient que de gauche à droite, cessèrent à ce moment précis de bouger comme une horloge, et s'attardaient sur une autre persona virtuelle : un pseudonyme de rouge vif qui siait à son surnom de vitalité. Moi qui n'avais aucune considération pour ma propre personne et encore moins pour les autres dans la relativité, me voici soudainement happé par cette nouvelle personne qui me témoignait de l'affection, alors que je réalisais que je repoussais toutes ses approches. Mes yeux étaient fermés, et ils s'ouvraient, enfin. Pas ceux de ma triste anatomie ingrate, mais ceux de mon coeur. Ils s'ouvraient comme lors d'un réveil on ne peut plus brusques, grands ouverts à en être presque effrayants. Mon coeur semblait un organe démoniaque qui semblait se nourrir d'émotions pour s'animer de ses battements glauques et répétititfs.
     
    Guidé par des mouvements que je ne contrôlais pas, et qui par peur d'échec je ne souhaitais pas suivre, je me suis retrouvé à faire connaissance de manière privée avec cette personne. Pourquoi cette "LifeStreamingD." voulait-elle me connaître - pourquoi voulait-elle me connaître - MOI ? Qui suis-je à part un petit humoriste de gare, qui exprime son art médiocre dans de vulgaires chroniques hebdomadaires sur des épisodes d'animés ? Je ne le savais pas, et aussi loup solitaire que je fus, je laissai cette personne m'approcher. Elle était vivante, elle s'intéressait - à ma grande surprise - beaucoup à moi,  comme jadis une personne qui n'était pas venue à bout de la frilosité du risque de sortir avec moi, de son aura violacée. De ces rapports au passé, j'avais peur d'une nouvelle boucle et d'un quarantième échec compté. Mais mon organe central n'était pas d'accord, et reprit son rouge vif, symbole de sa vie. Il battait vite, il battait fort, chaque fois que nous parlions ensemble et que nous sourions. Avant même d'avoir pu nous découvrir, je sentais déjà que quelque chose me happait vers cette personne, qu'elle n'était pas qu'un comportement jovial parmi les autres. Bien que timide, elle apprit à connaître celle qu'elle admirait depuis si longtemps, la véritable identité de cette personne. Mais un conflit intérieur naissait en moi : ma timidité du parti cérébral, et mon coeur du parti sentimental, qui en réclamait plus. J'avais d'ores et déjà oublié qu'elle avait trois années de moins que moi. Emporté par ce torrent de vitalité qu'elle incarnait, en résistant à mon tempérament timide, je lui demandais une photo qui témoignait de son physique. Quelle ne fut pas ma surprise ! si par surprise on parle de mon coeur qui devenait alors champion du monde du triple-bond. La beauté que je décelais en elle était équivalente à la beauté intérieure qu'elle exhibait depuis plusieurs jours. Ou peut-être bien inférieure, si l'on y réfléchit bien ; même si cette réflexion ne semble pas très flatteuse. Je ne faisais alors pas l'adage du physique mais de toutes ses qualités intérieures. Je ne me laissais pas avoir par cette excuse du bien intérieur pour justifier ce nouveau sentiment qui arrivait déjà à terme de sa floraison.
     
    Mais mon élan de bonheur fut vite réfréné. Je m'étais emporté, pensant qu'elle était seule. C'était mon erreur, et au fond je devais bien m'en douter : une fille comme elle ne pouvait pas être seule. Elle devait forcément être déjà prise dans la danse de l'amour, telle un papillon. D'un amour libre, je le sentais se corrompre d'un sentiment que j'aurais préféré ne jamais avoir connu dans ma vie : la jalousie. Mais plus les jours passaient, plus je la désirais ; plus je la désirais, plus les jours semblaient nous dépeindre comme si nous-mêmes étions dans la même danse de l'amour. Elle, gracieuse comme un papillion de lumière, moi, une sombre chenille qui allait bientôt évoluer. "Chéwi", c'est ainsi qu'elle m'appelait. Avec du recul, je me dis aujourd'hui que si elle appelait ainsi quelqu'un d'autre, j'aurais arraché mes nerfs comme si je retirais des prises de courant avec poigne. Mais j'aimais ça, malgré le scrupule de me laisser qualifier ainsi alors qu'elle n'est pas célibataire. Et j'aimais ça, et je m'étais pris à son propre jeu. Je l'appelais "Chéwie", aussi bien en privé qu'en public, et mes sentiments grandissaient encore et toujours à son égard. Mais bientôt, j'allais affronter ce mur qui fait que nous ne pouvions être ensemble à ce moment-là : elle était encore et toujours en couple, et ça me hantait au fur et à mesure du temps qui passait. Et un jour, je craquai.
     
    Submergé et englouti par mes sentiments, je lui relâchai, après quelques allusions évidentes, que je l'aimai. Que je l'aime serait plus exact. Oui, malgré ma frilosité, ma peur de la distance, ma peur de l'amour qui m'avait conduit tant de fois à me réfugier dans le noir, mon effroi de la peine qui avait jadis tellement serré mon coeur et l'avait laissé flétri, je lui avais dit "Je t'aime, Camille." Je ne pouvais plus m'en cacher, le lui cacher et le cacher à moi-même. Je me sentais comme ces gens que l'on jetait dans le vide, je sentais mettre un pied dans le néant et ne pas savoir quand me fracasser au fond de l'abîme qui m'attendait probablement. Après tout, elle était en couple à ce moment-là, semblait heureuse. Mais contraire à toute logique, en accord avec un paradoxe que je n'aurais jamais cru possible un jour : elle me répondit un peu plus tard qu'elle m'aimait aussi.
     
    Deux semaines plus tard, après une âpre lutte, au cours d'un Mercredi soir, tandis que je marchais dans la nuit noire de Septembre, les yeux guidés par les étoiles et la vibration de mon téléphone portable, l'acte final se termina. La pièce d'un couple que je menais à sa perte venait de prendre fin. Mes fourberies égoïstes avaient réussi. Je fis une chose que jamais je ne m'étais permis avant afin d'arriver à ma fin : je brisai un couple pour mon ambition personnelle et mes sentiments. Nous nous rassurions en disant qu'il s'agit des mystères de l'amour et qu'en arriver là était simplement une preuve d'amour. La date de ce soir qui changea nos destins : le 21 Septembre 2011.
     
     
     
     
    Deux mois passaient. Heureux, très heureux. Non, nous n'étions pas à la Banque Lyonnaise du LCL, nous étions en couple. Quelques petites disputes ici et là, mais je m'en fichais à vrai dire. Je ne sortais pas avec "Life", mais avec "[Insert a name]". Elle ne sortait pas avec "Kyo", mais avec "[Insert a name]". Peu importaient les désaccords, mon caractère de chien. J'étais heureux avec elle, et je sentais que j'en voulais vraiment. Mon organe central s'est retransformé en coeur battant, désireux de toujours plus. La distance nous tenait à l'écart, et nous apprenions à faire avec ce paramètre qui ne nous empêchait pas de nous aimer autant que notre coeur nous le permettait. Nous comptions les mois, puis les semaines, puis les jours qui nous séparaient plus que la physique, avant de nous retrouver. Notre coeur battait de plus en plus vite, et plus le temps, de son sadisme absolu, nous rapprochait lentement, plus nous oubliions le reste de ce qui nous entourait. Tout ce qui nous importait, c'était de nous voir, de s'entendre, de nous toucher, de nous embrasser. Nous étions devenus égoïstes mais nous nous en fichions, nous nous aimions et il ne nous tardait plus que de concrétiser enfin cet amour inconditionnel à travers notre premier baiser.
     
    28 Octobre 2011. J'avais eu du mal à dormir cette nuit-là. Aussitôt levé, mon petit-déjeuner n'étant qu'une fioriture, la plus grande partie de la matinée était dédié à mon passage dans la salle de bains. Deux shampooings, deux passages au savon. Je m'étais rasé deux fois pour être lisse comme une peau de bébé, je m'étais bien coiffé pour l'occasion, j'avais sorti ma chemise noire. J'étais encore calme et en possession de mes moyens, mais mon esprit était convulsif. J'allais à la gare à pied, je prenais le RER D, et je comptais les arrêts et les minutes restantes avant d'enfin arriver à sa ville : Villeneuve Saint-Georges. Mon coeur n'avait pas le souvenir d'avoir battu aussi vite au nom de l'amour et de l'excitation. Chaque arrêt passé marquait un tempo encore plus soutenu dans ses battements. Une fois arrivé à destination, je marchai vers la sortie : il faisait gris, très gris, comme si les gouttes de la pluie attendaient notre rencontre et notre mise en sécurité avant de s'abattre sur les autres mortels. Je sortai donc de la gare, et je marchai un peu alentours afin d'apercevoir celle qui a transpercé mon coeur de sa flèche de Cupidon. Je marchais encore, puis je sentis une présence non loin de moi. Je me retournai, et je vis alors en face de moi la personne que j'aime. Nous nous regardions pendant une dizaine de secondes, séparés d'une dizaine de mètres. Etait-ce bel et bien le moment fatidique que nous attendions depuis le 21 Septembre ? Etait-ce bien celui de nous voir enfin l'un en face de l'autre ? Tant de questions et d'incrédulité tourbillonaient dans ma tête, et avant que je ne le réalise, mes bras étaient grands ouverts. Elle courra, puis se jeta dans mes bras. Nous nous câlinions, puis nous nous scrutions, comme si nous étions en train de vivre un rêve que nous n'attendions plus.
     
    "Je t'aime, ...
    - Moi aussi je t'aime..."
     
    Et nous nous embrassions enfin, dans notre bulle, séparés de l'Univers.
    Emi, Virgile, c'est ainsi que j'ai rencontré votre mère.
     
    THE END.
    Kyo
     
     
     
    ----
     
     
    Je sais que certains passent encore bien que ce blog soit mort, c'est pourquoi je décide de poster un petit truc. Je m'adresse aussi aux rares habitués mais aussi aux nouveaux venus : si vous connaissez quelqu'un qui est capable de faire publier des petits recueils écrits de mon "niveau" littéraire (bien que tous mes écrits datent de terriblement longtemps, je fais mieux aujourd'hui pour le peu que j'écris encore - faculté oblige), merci de me contacter sur l'adresse e-mail suivante :
     
    kyosei_rebirth@hotmail.co.jp
     
    Prenez soin d'indiquer dans l'objet de l'e-mail qu'il s'agit bien de ça, autrement je ne lirai pas l'e-mail, étant du genre "Facture, facture, je jette le reste", si vous voyez ce que je veux dire ^^'
     
    Je vous remercie ^^
     
    Kyo

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires